Santé: de la volonté politique avant l’argent

IStock_000018336915XSmallPar Sophie Stival

Des promesses qui se concrétisent en santé, c’est rare. On avait promis de réduire le temps d’attente dans les urgences de nos hôpitaux. Les libéraux se sont cassé les dents sur ce dossier. 

Le nouvel objectif à atteindre : offrir l’accès à un médecin de famille à tous les Québécois d’ici 4 ans. Le PQ a du pain sur la planche.

J’écoutais Claude Castonguay en entrevue à Radio-Canada. Il publie ces jours-ci le livre Santé, l’heure des choix (Éditions Boréal). Ses 13 propositions pour augmenter l’efficacité de notre système de santé n’ont rien de bien nouveau. 

Puis, j’ai compris l’essence de son message. Il existe plein de solutions, mais nos politiciens manquent de courage pour les mettre en oeuvre. Selon M. Castonguay, ce n’est pas une question d’argent, mais de volonté. 

Avec l’arrivée en poste du ministre de la Santé, Réjean Hébert, peut-on espérer mieux? 

La santé occupe près de la moitié de l’enveloppe budgétaire québécoise. Ça représente plus de 30 milliards de dollars annuellement et 12 % de la main-d’œuvre chez nous, rappelle M. Castonguay. On connaît ces chiffres, mais ça nous permet d’apprécier l’ampleur du défi.

Réorganiser la première ligne

Tout le monde s’entend pour dire que les soins de première ligne sont inefficaces. Il faut renforcer les services de santé offerts aux patients et les soins à domicile, par exemple. Ça signifie plus de médecins, plus d’infirmières, plus de groupes de médecine familiale (GMF), l’informatisation des dossiers médicaux, etc.

Les GMF ont été instaurés en 2003, mais ça ne fonctionne pas très bien. Les omnipraticiens veulent pouvoir gérer eux-mêmes le budget de leur clinique. Claude Castonguay leur donne raison. Laissons-leur plus d’autonomie et n’essayons pas de bâtir un modèle unique, dit-il.

Plutôt que de payer les médecins à l’acte, on finance directement l’hôpital selon le nombre de patients qu’il soigne. Le patient devient une source de revenus au lieu d’être perçu comme un coût. On évite également de dépenser tout le budget par crainte de se le faire couper l’année suivante (défaut du système public).

Les médecins de famille consacrent seulement 60 % de leur temps aux soins de première ligne. Ce n’est pas assez, affirme M. Castonguay. Ceci serait la principale cause de la pénurie de médecins, dit-il. Il propose de doubler sur trois ans le nombre de patients par médecin, soit de 750 à 1500 patients. Mais changer nos façons de faire, c’est aussi changer la vie des gens. Ça ne plaira pas à tout le monde.

L’hôpital et les urgences prennent trop de place. En Europe et dans les pays où ça fonctionne relativement bien, les soins sont décentralisés dans des cliniques, explique le père de l’assurance maladie. Ce dernier s’inspire des rapports déjà publiés et de ce qui se fait ailleurs dans le monde.

Le privé existe déjà et colmate certaines failles du système public. Mais on ne veut pas en entendre parler. Les médecins désengagés font tout de même du travail dans les cliniques de médecine préventive et à différents niveaux (imagerie médicale). On ne peut le nier. Selon M. Castonguay, les problèmes proviennent d’abord du secteur public. C’est là où il faut changer les choses.

La population vieillit et ce droit à la santé pour tous est une priorité pour les Québécois. Souhaitons que le Dr Réjean Hébert joigne le geste à la parole.

Pensez-vous que nos politiciens manquent de courage pour réformer le secteur de la santé?  

3 réflexions au sujet de « Santé: de la volonté politique avant l’argent »

  1. Sincèrement, le principe même d’universalité est à mon avis sacrosaint. D’ailleurs, c’est ce droit qu’il faut défendre coûte que coûte.
    Qui parle d’universalité, ne parle pas forcément de qualité des soins uniformisée. Il est clair que le système même est détraqué et doit être repensé de fond en comble.
    Je crois que le premier ministre québécois qui aura les couilles de s’attaquer aux 300 000 syndiqués de la fonction publique n’est pas né encore. Si par contre, le débat est transposé non pas sous forme d’opposition à l’ordre établi mais plutôt en termes de réforme, nous avons présentement réuni, la situation législative rêvée pour le faire.
    Une assemblée nationale composée presque parfaitement de trois partis représentant non pas les opinions divergeant de la population, mais les opinions cumulatifs. Avec une entente pluraliste non partisane, l’assemblée nationale aurait le mandat de reformer le système de santé et de confronter la FIQ, la CSQ et autres organismes syndicaux.

  2. Il y a vingt ans tout le monde avait un medecin de famille. Si on allait a l’urgence l’attente etait environ deux a trois heures max. Plus souvent qu’autrement apres une heure d’attente l’on se retrouvait devant un urgentologue devoue et a l’ecoute de nos symptomes. Lorsque l’on va a l’urgence et que notre condition a ete evalue par un infirmier qui a verifier nos signes vitaux, a moins d’etre dans une condition critique la moyenne d’attente est de dix a douze heures. Pierre dans les reins, coupure profonde, oeil creve, pneumonie, douleur intense abdominale, etourdissement majeure, vomissement a repetition, infection urinaire, fievre ne sont pas les priorites des hopitaux. Pour se faire soigner au Quebec, il faut avoir une bonne connection avec le milieu medical ou etre une celebrite ou encore mieux etre mourant. Si on a la chance d’avoir un medecin de famille l’on est reellement chanceux.
    La question que je me pose est comment et pourquoi les choses ont changes depuis vingt ans? Ca deja fonctionnes pourquoi sommes nous dans cette merde. Dans les annees 80, nous avions la possibilite de choisir notre medecin de famille et maintenant c’est eux qui nous choisissent! Lorsque je me presente devant un medecin je me sens tres nerveuse. Je n’arrive pas a explique mes symptomes car ce que l’infirmier a ecrit semble plus important. Ils sont impatients et arrogants, ils prescrivent et apres a peine cinq minutes de consultation nous nous retrouvons dans une piece vide avec les mains remplis de references et prescriptions. C’est absurde, je crois que toute consultation devrait etre enregistre et controlle. A l’interieur du systeme de la sante existe un extreme abus de pouvoir en ce moment et il serait grand temps qu’il ait un control rigide. Aussi simple que cela. Enregistre les consultations afin de proteger les patients en douleur voulant etre soulages. Est ce si compliques?????!!!!!!

  3. Je suis convaincu qu’il n’y a pas de pénuries de médecins au Canada. C’est même incorrect de prétendre cela. Encore plus au Québec ! En regardant les chiffres du nombre de médecins par 100 000 habitants depuis 1978. La proportion à même légèrement augmenté.
    Je n’arrive pas à décortiquer les chiffres. Mais, il est certain que c’est la composition de ces médecins et la division du travail qui est à remettre en cause. La productivité est fortement baissière. Il y a plus de femmes médecins, je suppose qu’il est question de congés de maternité, d’heures écourtées, les hommes médecins aussi consacrent moins d’heures. Il ne manque pas de médecins, c’est la productivité qui est défaillante.
    Je n’ai plus de médecins de famille depuis que le pauvre Dr Le… est décédé en 2002 à l’âge de 71 ans. Il faisait encore du bureau. Mon père me racontait dernièrement, que ce monsieur faisait à une certaine epoque du 8 à 7, une demi-heure de lunch, 4 jours par semaine. Pas sûr qu’il existe encore ce genre de dévotion…

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