Notre carte-soleil a 40 ans: de quoi célébrer?

Par Sophie Stival

IStock_000009277892XSmall[1] La carte d’assurance-maladie souffle 40 bougies cette semaine. Bien que nous soyons nombreux à défendre l’universalité des soins, les coûts de santé et de services sociaux (un seul ministère) représentent près de la moitié des dépenses de programmes de notre gouvernement. Et depuis 10 ans, ces dépenses augmentent plus vite que notre croissance économique (PIB), affirment certains tenants du privé. Plutôt inquiétant. 

D'un autre côté, l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS) prétend dans un récent rapport que le Québec a les dépenses en matière de santé (par habitant) parmi les plus faibles au pays. Et qui plus est, le vieillissement de la population n'a pas été un facteur important d'augmentation de ces dépenses (entre 1998 et 2008). Vous êtes mêlé? Y a de quoi. Dans ce débat sur le financement des dépenses publiques en santé, deux visions s'opposent et chacune a des arguments défendables. Voyons voir.


Le rapport Castonguay

Le rapport Castonguay publié en février 2008 (En avoir pour notre argent : cliquez ici pour le lire) est clair : injecter des fonds nouveaux ne suffira pas à régler la crise qui touche notre système de santé. Selon les auteurs du rapport, incluant Claude Castonguay lui-même à l’origine du projet de la carte-soleil, « personne n’ose remettre en question les intérêts particuliers qui sont en jeu. Il y a également une autre raison à cet immobilisme : nous avons érigé en dogmes certaines caractéristiques de notre système – des caractéristiques qui ont pourtant, depuis longtemps, été remises en question dans d’autres pays ». 

Selon ce Groupe de travail sur le financement du système de santé, il faut responsabiliser plus les citoyens. Leur « contrat social » permettrait aux médecins de pratiquer à la fois dans le privé et dans le public (avec des limites) et propose une « franchise santé » (vivement rejetée par la population, on s’en souvient, lors du dernier budget Bachand).

Autres sons de cloche

En juin dernier l’économiste Robert G. Evans, diplômé de l'Université Harvard, Officier de l'Ordre du Canada et professeur à l'Université de Colombie-Britannique, affirmait que les dépenses plus élevées des dernières années en soin de santé (et en % des budgets provinciaux) sont liées non pas au manque de restrictions budgétaires, mais plutôt à la baisse des revenus provinciaux après une série d’importantes baisses d’impôts accordées ces dernières années. Les dépenses liées à l’assurance-maladie occupent, dit-il, la même proportion des revenus provinciaux depuis 20 ans.

Le gouvernement ne manque pas d’argent, affirme quant à elle la présidente de Médecins québécois pour le régime public, la Dre Marie-Claude Goulet. À Radio-Canada, elle explique, par exemple, que l’on paie dans le cas des médicaments le gros prix alors qu’un régime d’assurance médicaments public serait beaucoup moins coûteux. Mais il s'agit là d'un autre sujet chaud dont je vous reparlerai sous peu.

Problème d’accès aux soins

Personne n’est dupe. Même si nos soins de santé coûtent moins cher par habitant qu’en Alberta, il existe un problème d’accès à ces soins chez nous (délais d’attente notamment). Faut-il le rappeler, près de 2 millions de Québécois cherchent un médecin de famille désespérément. Les gens en perte d’autonomie et les personnes âgées souhaitent plus de soins à domicile et attendent également.

Les médecins, eux, martèlent dans les médias qu’ils manquent de moyens. Les citoyens pensent que la bureaucratie est trop importante. On parle de plus en plus de réorganisation du travail et de donner plus de pouvoir aux pharmaciens et aux infirmières. Ça semble une très bonne idée, mais encore faut-il que tout ce beau monde mette de l’eau dans son vin. Les ordres professionnels doivent se parler et s’entendre.

À ce jour, rien ne nous laisse croire que plus de privé en santé soulagerait les vrais maux de notre système public. Qu’en pensez-vous?

6 réflexions au sujet de « Notre carte-soleil a 40 ans: de quoi célébrer? »

  1. Il y a beaucoup de gens qui utilisent le système de santé sans scrupules… les nouveaux immigrants qui se font mettre à neuf… les vieux qui veulent pas chauffer leur appartement…
    La franchise santé de Charest n’encourage en rien les gens à ne pas abuser du système.
    Le problème du ticket modérateur est que les cas pourraient s’allourdir avant de rentrer dans le système de santé, et il y aurait aussi des risques de problèmes épidémiologiques…
    Les médecins québecois gagnent plus du double que leurs homologues français…
    Comme toujours quand l’État s’en mêle… la charité bien ordonnée commence par soi-même!
    Donc moi, je prône un système de santé qui fonctionne bien à 2 vitesses… et la création d’un programme universitaire de ‘médecin de cœur’ qu formerait des médecins de CLSC qui travaillerait au prix de super infirmières…
    On vit dans un système économique où en général les parasites comme les politiciens et les juges imbues et leur cohorte d’itinérant de commissions… sont mieux traités que les vrais travailleurs et un système à 2 vitesse va accentuer cela… mais le problème c’est la SQ auquel tout le monde demande enquête et qui fait rien…

  2. Je pense que personne n’aime se trouver à l’hôpital. Il est inacceptable pour une nation qui promouvoit la dignité et le droit des personnes et qui prône le respect en permanence de faire attendre des heures des citoyens avant d’être consultés par un médecin et de les rendre esclaves d’un monopole public. Dans tous les pays du monde, les citoyens peuvent choisir entre le privé et le public sauf au Canada. Les problèmes sont connus depuis des années mais on tourne autour du pot inutilement et les citoyens sont pénalisés alors qu’ils paient tant d’impôts. Le fait de ne pas s’ouvrir aux médecins venus d’ailleurs et leur donner des exigences décourageantes et une mauvaise gestion sont parmi les raisons de ce qui se passe. Il faut que le peuple fasse la part des choses et pointe le doit sur les vrais problèmes à résoudre.

  3. Le déficit de la province est facile à comprendre,lorsqu’il n’y a pas de controle dans un système….
    c.a.d. si vous avez X nombre de population et vous émettez plus de carte soleil que le nombre de gens existants nous avons un problème…..comme le disait Parizeau…..les Ethnies et l’argent vont causé notre perte….et je ne suis pas raciste ni comptable ….mais je ne suis pas aveugle non-plus
    à quand le prochain CONTAINER? ou la prochaine merveille masquée d’Air Canada?

  4. La franchise santé du gouvernement est une manière polie de taxer à nouveau un peuple déjà surtaxé. Ce que le gouvernement choisit c’est le chemin le plus fréquenté. Taxer, soit la facuilité ruineuse pour nous.
    Il faudra pour rétablir la situation désengager l’assurance maladie en laissant les citoyens assumer plus de responsabilité et éviter au Québec la faillite.
    Nous le savions lorsque Bourassa à voté cette loi que tôt ou tard elle mènerait à des abus de toutes sortes, à des fraudes venant d’immigrants sans scrupule qui font venir leur famille pour être soigné à nos frais sans que le gouvernement n’intervienne. Nous savions que cela donnerais un pouvoir démesuré au médecins et professionnels de tout le réseau. Aujourd’hui nous en payons le prix et nous ne voyons aucune réforme en vue, faute de courage du gouvernement et faute d’information valables pour les citoyens.

  5. Je me demane de quoi vas avoir l’air le systeme de santé dans 20 ans
    Avec la population qui vieillie
    Se sera insoutenable financierement
    Manger santé et faire du sport est un bon moyen de retarder le vieillissement et de ne pas avoir affaire au systeme de santé qui s’écroulle comme le reste de la société d’aileurs

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