Le prix prohibitif du vin est-il un mal nécessaire?


IStock_000018872061XSmallPar Sophie Stival

Les profits qu’engrange année après année la Société des alcools du Québec (SAQ) font grincer des dents bien des consommateurs. 

À preuve ces titres d’articles publiés par nos médias cette année : SAQ, des rabais qui gonflent les prix / Le vin beaucoup plus cher au Québec / Les vins à moins de 15 $ disparaissent à la SAQ.

Une demande de recours collectif a même été déposée au printemps par un citoyen qui jugeait la marge de profit de la société d’État abusive et déraisonnable. 

La requête a été rejetée il y a quelques semaines par la Cour supérieure du Québec. L’explication : c’est le législateur qui dicte au monopole sa volonté d’avoir de telles marges bénéficiaires. Ces gains sont « destinés à garnir les coffres de l’État. » Tout est donc conforme à la loi… 

Se peut-il que la qualité des produits importés soit inférieure à ce qu’on pourrait avoir dans un libre marché? Comment établit-on le prix de vente d’une bouteille de vin chez nous?


Répartition du prix de vente

Dans son dernier rapport annuel 2013, la SAQ nous présente la répartition du prix de vente d’une bouteille de vin importée de 16,20 $ : 

  • Le montant versé au fournisseur, incluant le transport, s’élève à 5,44 $, soit seulement 33,6 % du montant total de la bouteille.
  • C’est la « majoration » qui permet de dégager le profit net, ceci inclut les frais de vente et de mise en marché, de distribution, d’administration. Dans ce cas-ci, ça représente 45,3 % du prix de la bouteille, soit 7,34 $.
  • Quant aux taxes, droits d’accises et de douane, cela équivaut à 21,1 % de la facture (3,42 $ par bouteille).

L’an dernier, la société d’État a versé plus de 1,5 milliard de dollars au trésor québécois, soit 1 milliard de dividendes et un peu plus de 500 millions en taxes. C’est considérable. 

Pour ceux qui ne boivent pas, cette vache à lait gouvernementale fait bien leur affaire puisqu’on pige dans la poche des autres. Certains diront que c’est le prix à payer pour consommer du vin au Québec.

2 exemples : le prosecco italien et le fendant suisse

En sillonnant les collines du nord de l’Italie cet été, j’ai mieux compris les difficultés que rencontrent certains vignerons européens.

J’ai visité un vignoble qui fabrique du prosecco haut de gamme, situé dans la région de Valdobbiadene en Vénétie. Le prosecco est un mousseux que boivent les Italiens comme nous la bière en été. Son prix est très abordable. À la SAQ, on retrouve des prosecco autour de 15-17 $. 

Quand la représentante du vignoble a su que j’étais québécoise, elle m’a raconté qu’elle tentait depuis de nombreuses années de pénétrer notre marché. Avec ses produits bas de gamme, c’était difficile, mais faisable. 

Pour ses crus plus renommés, comme le cartizze, c’était presque impossible puisque la SAQ ne veut pas payer ce que ça vaut. Bien sûr, en ajoutant la marge de profit de la SAQ, ça voudrait dire que le consommateur débourserait plus de trente dollars pour son mousseux. On craint sûrement de ne pas en vendre assez. Pourtant, certains prosecco de qualité accotent des champagnes. Il y a sûrement des consommateurs ou des restaurateurs qui aimeraient avoir accès à de tels produits.  

Le pouvoir monopolistique de la SAQ lui permettrait d’imposer ses façons de faire et les producteurs n’ont qu’un choix, soit de se plier à leurs exigences ou d’aller cogner à d’autres portes. La dame avec qui je discutais en italien avait traité les gens de la SAQ de « talibani » (talibans). L’expression est plutôt forte, je l’avoue. 

Il y a quelques années, j’avais entendu un discours semblable de vignerons suisses. J’avais bu d’excellents «fendant» dans le canton du Valais. Revenue au Québec, j’achète une bouteille de ce cépage dans une succursale. Elle coûtait près de 20 $ (!) et la qualité était loin de ce que j’avais dégusté là-bas. J’ai su ensuite que cette étiquette était de la piquette pour les Suisses. Mais c’était assez bon pour la SAQ et ses consommateurs…

Il nous reste à espérer que l’accord de libre-échange entre l’Europe et le Canada nous donne accès à des vins européens de qualité supérieure et à meilleur prix.

Le prix prohibitif du vin au Québec est-il selon vous un mal nécessaire ?

5 réflexions au sujet de « Le prix prohibitif du vin est-il un mal nécessaire? »

  1. Entre prohibitif et prohibition ! Lequel choisiriez-vous ? Je n’ai pas lu les 2000 pages de l’accord de libre-échange, mais rassurez-vous, personne du ministère du commerce international ne l’a lu non plus ! Pour ce qui est de l’alcool, le ministre en charge des négos est un mennonite. Vous pensez que cela a affecté les discussions. Je ne retiendrais pas mon souffle. Qui sait, p-e qu’éventuellement la SAQ va se retrouver avec un problème de contrebande. Il y a des limites à tout ! Pfftt ! Chanceuse, prochaine fois essayer la région de Conegliano…
    NM

  2. @CoCoRico
    J’ai un faible pour le prosecco de Conegliano. Il est moins réputé et moins cher que celui du Valdobbiadene, mais mon père y est né. Tout s’explique… 😉

  3. Madame Stival,
    Je ne vois pas les prix baissés. Bien au contraire ! Je crains qu’éventuellement, même les vins moyens deviennent un véritable bien de luxe. Les prix ne sont plus très différents de ceux de la LCBO, p-e,7 à 15% dépendant du vin. Je ne connais pas les prix en Alberta où la distribution au détail est privée. D’ailleurs un des premiers gestes posés par feu Ralph KLEIN, privatiser les succursales. En C-B, le choix et les prix des vins de la côte ouest priment. Le choix des petits producteurs de l’Okanagan et l’Osoyoos est varié et peu dispendieux, sans parler des californiens, washington et autres… Bref, si j’étais le syndicat de la SAQ, je me tiendrais tranquille, pas faire trop de vagues, les succursales en Alberta furent privatisées suite à une grève si je me souviens bien.
    NM

  4. Je suis camionneur depuis longtemps, je silionne surtout les États-Unis , le vin le moins cher ce paye environ 2,00$ us en Californie pour 750 millilitre à 3,39$ US le 750 mililitre. Ou bien *,95 pour 5 litre de vin rouge ou blanc à 10, 11 ou 12% d’alcool. Si vous me croyiez appeler quelqu’un qui demeure là. Imaginé ce que la SAQ nous comte des mensonges long comme le bras quand il nous dit les prix qu’il paye pour importer du vin. Mais comme nous sommes des cons, alors continué à payer ces prix.

  5. @Julien
    Merci pour ces précisions. Je crois effectivement qu’il y a une plus grande variation de prix entre le Québec et les États-Unis qu’au sein même du Canada.

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