Profits des banques: la ronde des milliards

ArgentUSciel_IS Ces jours-ci nos grandes banques font connaître leurs résultats du 4e trimestre. Tous les spécialistes s’attendaient à de solides performances. Mais vous êtes plusieurs à vous questionner : comment peuvent-elles engranger autant de profits alors que la récession est tout juste derrière nous?

S’il est vrai que la Banque Nationale (BN) a brisé le seuil psychologique du milliard de bénéfices en 2009, il reste que les investisseurs n’ont pas été séduits par ce chiffre tout rond. Le prix de l’action de la BN a chuté de 6 % (plus de 3,75 $ l’action) après l’annonce des résultats. Pourquoi en est-il ainsi et comment faut-il interpréter ce compte-rendu?

En fait, comme je vous en ai déjà fait part dans un autre billet, la bourse est un marché d’anticipations qui intègre en tout temps le consensus des données à venir (dans le cas présent de bons résultats). Or, pour la Banque Nationale, le bénéfice par action était attendu à 1,47 $ par action et il fut plutôt de 1,39 $. Au-delà de ce chiffre, les analystes ont également évalué la qualité des profits. Proviennent-ils des opérations courantes (activités de prêts, gestion de patrimoine…) ou plutôt des activités d’arbitrage (plus volatiles) de la trésorerie? Dans le cas de la BN, on considère qu’une trop grande part des revenus a été générée par des activités non opérationnelles (marchés boursiers notamment), des profits moins susceptibles de se répéter.

Faire un milliard de dollars de profits ce n’est qu’un chiffre absolu. Il faut aussi évaluer combien d’actionnaires se partageront ces bénéfices. C’est là que le rendement sur l’avoir des actionnaires permet de mieux saisir la performance relative d’une entreprise d’un même secteur par rapport à une autre. Mais je reviens à ma première question : comment nos banques peuvent-elles engranger autant de profits alors que la récession est tout juste terminée?  

Et bien, la réponse me semble évidente. La crise financière et économique a permis aux banques canadiennes de profiter de taux d’emprunts presque nuls dans le court terme. Le taux prescrit par la Banque du Canada étant près de zéro, nos banquiers peuvent aisément justifier des taux ridiculement bas sur leurs dépôts. Sachant que les Canadiens empruntent pour leurs hypothèques (et autres emprunts) à des taux beaucoup plus élevés, c’est donc un contexte très favorable pour nos institutions bancaires. Et je pourrais ajouter à cela tous les frais qu’elles prélèvent sur leurs différents comptes auprès d’une clientèle, avouons-le, plutôt captive.

Qu’en pensez-vous?

3 réflexions au sujet de « Profits des banques: la ronde des milliards »

  1. Oui en effet les banques nous utilisent comme des usuriers. On nous donne presque rien sur notre argent on nous demande de faire les transactions guichet automatique et d’en assumer les erreurs,alors qu’on exige une formation pointue pour oeuvrer dans leurs locaux.En plus elles profitent du bas taux d’intérêt dû à la récession.
    Bienheureuse récession qui ira une fois de plus enrichir les plus riches et appauvrir les plus pauvres et on ose appeler cela de la démocratie…
    Bien sur les riches donne, aux caisses électorales, aux organisme d’aide en retour d’un coupon d’allègement fiscal ect…
    Donner gratuitement, donner sans fin de recevoir, donner de son temps, donner de l’amour de la reconnaissance, de l’écoute, donner et permettre, accepter la différence les limitations , faire des accomodements c’est cela donner mais cette manière de faire est réservé aux pauvres..
    A chaque dollars de profit ne devrait il pas y avoir 10% obligatoirement retiré pour être versé pour lutter contre la pauvreté. Une taxe d’amour pour les riches.
    sd

  2. Dans une société moderne, le système économique peut être divisé en deux parties: la partie productrice et la partie financière. D’un côté, cinq naufragés sur une île, qui produisent différentes choses nécessaires pour vivre, et de l’autre, un banquier qui leur prête de l’argent. Pour simplifier l’exemple, disons qu’il y a un seul; emprunteur au nom de toute la communauté, que nous appellerons Paul.
    Paul décide, au nom de la communauté, d’emprunter au banquier un montant suffisant pour faire marcher l’économie sur l’île, disons 100 euros, à 6% d’intérêt.
    A la fin de l’année, Paul doit rembourser l’intérêt de 6% à la banque, soit 6 euros. 100 euros – 6 euros = 94 euros, il reste donc 94 euros en circulation sur l’île. Mais la dette de 100 euros demeure car seuls les intérêts ont été remboursés.
    Le prêt de 100 euros est donc renouvelé, et 6 euros doivent être de nouveau payés à la fin de la deuxième année. 94 euros moins 6 euros, il reste 88 euros en circulation. Si Paul continue ainsi à payer 6 euros d’intérêt à chaque année, au bout de 17 ans, il ne restera plus d’argent sur l’île. Mais la dette de 100 euros demeurera, et le banquier sera autorisé à saisir toutes les propriétés des habitants de l’île.
    La production de l’île a augmenté, mais pas l’argent. Ce ne sont pas des produits que le banquier exige, mais de l’argent. Les habitants de l’île fabriquaient des produits, mais pas d’argent. Quand bien même les cinq habitants de l’île travailleraient jour et nuit, cela ne fera pas apparaître un sou de plus en circulation. Seul le banquier a le droit de créer l’argent. Il semblerait donc que pour la communauté, il n’est pas sage de payer l’intérêt annuellement.
    Reprenons donc notre exemple au début. A la fin de la première année, Paul choisit donc de ne pas payer l’intérêt, mais de l’emprunter à la banque, augmentant ainsi le prêt à 106 euros. (C’est ce que nos gouvernements font, puisqu’ils doivent emprunter pour payer seulement l’intérêt de la dette.) «Pas de problème, dit le banquier, cela ne représente que 36 centimes de plus d’intérêt, c’est une goutte sur le prêt de 106 euros !»
    La dette à la fin de la deuxième année est donc de 112,36 euros (106 euros + 6,36 euros (intérêt à 6% de 106 euros) pour une dette totale de 112,36 $.
    Au bout de 5 ans, la dette est de 133,82 euros, et l’intérêt est de 7,57 euros. «Pas si mal, se dit Paul, l’intérêt n’a grossi que de 1,57 $ en 5 ans.» Mais au bout de 50 ans, elle sera à fonctionner suivant la même logique, la dette sera de 1842,02 euros pour seulement 100 euros en circulation dans l’île !
    Ainsi, les gens qui doivent acquérir un bien immobilier et doivent emprunter pour cela, ne se rendent pas compte qu’ils peuvent rapidement faire plus que doubler le prix de leur acquisition à cause de cela.
    Tout l’argent en circulation est un prêt, et doit retourner à la banque grossi d’un intérêt. Le banquier crée l’argent et le prête, mais il se fait promettre de se faire rapporter tout cet argent, plus d’autre qu’il ne crée pas. Seul le banquier crée l’argent: il crée le capital, mais pas l’intérêt (Dans l’exemple plus haut, il crée 100 euros, mais demande 106 euros). Le banquier demande de lui rapporter, en plus du capital qu’il a créé, l’intérêt qu’il n’a pas créé, et que personne n’a créé.
    La dette publique est faite d’argent qui n’existe pas, qui n’a jamais été mis au monde, mais que le gouvernement s’est tout de même engagé à rembourser. C’est un contrat impossible, que les financiers représentent comme un contrat à respecter, tout en sachant qu’il ne peut pas l’être.

  3. @Thefactis
    Il en existe plusieurs histoires qui font réfléchir. Comme la leçon d’économie racontée par Pierre Foglia et tirée d’un autre site (The monkey cage).
    http://www.cyberpresse.ca/opinions/chroniqueurs/pierre-foglia/200905/15/01-857103-la-lecon-de-bixi.php
    Extrait:
    Ça se passe dans un village qui vit du tourisme, sauf qu’à cause de la crise il n’y a plus de touristes. Tout le monde emprunte à tout le monde pour survivre. Plusieurs mois passent, misérables. Arrive enfin un touriste qui prend une chambre. Il la paie avec un billet de 100$. Le touriste n’est pas plutôt monté à sa chambre que l’hôtelier court porter le billet chez le boucher, à qui il doit justement cent dollars. Le boucher va aussitôt porter le même billet au paysan qui l’approvisionne en viande. Le paysan, à son tour, se dépêche d’aller payer sa dette à la pute à laquelle il doit quelques passes. La pute boucle la boucle en se rendant à l’hôtel pour rembourser l’hôtelier qu’elle ne payait plus quand elle prenait une chambre à l’heure. Comme elle dépose le billet de 100$ sur le comptoir, le touriste, qui venait dire à l’hôtelier qu’il n’aimait pas sa chambre et n’en voulait plus, ramasse son billet et disparaît.
    Rien n’a été dépensé, ni gagné, ni perdu. N’empêche que plus personne dans le village n’a de dettes. N’est-ce pas ainsi qu’on est en train de résoudre – no sweat – la crise mondiale? Fin de l’extrait.
    Notre société se porterait peut-être un peu mieux si au lieu d’emprunter des banques ou de dépenser avec nos cartes de crédit nous faisions plutôt du troc. Je ne donne que ce que j’ai ou je l’échange contre autre chose. Pourquoi pas?

Les commentaires sont fermés.