La bourse et l’économie réelle: incompatibles?

Burse_iStock_000008155888XS Depuis bientôt trois ans, les marchés financiers dominent l’espace médiatique. Tout d’abord, on a eu la crise du crédit (immobilier) aux États-Unis. Celle-ci a donné naissance à une crise économique mondiale.

Alors que les pays se relèvent péniblement, c’est maintenant l’Europe qui fait beaucoup jaser. Les coûteux plans de relance ont aussi eu comme conséquence d’augmenter la dette publique des pays développés, dont certains étaient déjà lourdement endettés (États-Unis, Grèce, Portugal, Espagne…).

Mais un thème dominant ressort de ce tableau surréaliste. Il s’agit de la spéculation. Depuis le début de la débâcle financière, la machine à rumeurs a fait beaucoup de tort à certaines économies. Il suffit qu’un politicien ne soit pas assez rassurant (pendant une conférence de presse) quant à la santé financière de son gouvernement pour que les marchés financiers fassent exploser son coût d’emprunt et dévaluent fortement sa devise (exemple récent de la Hongrie).

Dans bien de ces cas, les spéculateurs ont été pointés du doigt avec raison. Mais on oublie souvent qu’il existe plusieurs définitions au terme spéculation. L’on se doit de distinguer la transaction spéculative qui permet à l’économie réelle et aux entreprises de se protéger, de la spéculation qui ne vise qu’à faire dérailler une économie. Voyons la différence.

Faire des affaires pour se protéger

Spéculer, c’est-à-dire acheter ou vendre un actif dans le seul but de faire un profit (rapidement si possible) est mal vu de la population. Pourtant, sans ces parieurs professionnels beaucoup de transactions financières n’auraient pas lieu et beaucoup d’entreprises ne pourraient transférer ou se départir de certains risques d’affaires.

J’entends par là, des transactions qui permettent à certaines industries de protéger leurs coûts de production ou le prix de leurs matières premières. Par exemple, dans le cas d’une grosse ferme, cette dernière pourrait décider de fixer le prix de vente sa récolte en négociant des contrats à terme sur le blé. Bien souvent, ceux qui sont de l’autre côté de la transaction ( les acheteurs de blé) sont des spéculateurs qui espèrent faire un profit. 

Prendre du risque à tout prix

Dans le cas de la crise du crédit, qui s’est transformée tour à tour en récession mondiale et en crise de l’endettement, la spéculation a joué et joue encore un rôle important et beaucoup moins glorieux.

Beaucoup d’acteurs financiers investissent présentement en espérant profiter de l’incertitude qui règne. On spécule souvent sur de très gros montants en mettant une faible mise au départ (effet de levier). De même, les spéculateurs vont souvent vendre un actif financier qu’ils ne possèdent pas en espérant le racheter beaucoup moins cher plus tard (ventes à découvert). Enfin, un parieur boursier tire profit de mouvements de panique des marchés en accentuant ces mouvements ou en les freinant.

Malheureusement, spéculation et appât du gain vont souvent de pair. C’est pourquoi on a assisté à la création de produits financiers opaques qui ont été vendus à d’autres investisseurs moins informés ou plus soucieux du rendement offert que des risques encourus. On connaît la suite…

Comme l’a si bien écrit dans son blogue la politicienne française Noëlle Lenoir : 

« Pour moi, la crise est morale. Elle est la faillite du règne de l'argent facile gagné sur le court terme sans considération des risques sur le long terme. En finance, comme en politique, la vraie question est en effet : Comment sortir de la dictature de l'instant? Celle du gain que l'on veut immédiat que ce soit – pour la politique – en termes de sondages d'opinion – ou pour la finance – en termes de rentabilité élevée instantanée. Dans les deux cas, la conséquence est une perte de valeur au sens éthique. La crise actuelle, dont on n'a pas fini de voir les conséquences dramatiques sur l'économie comme au plan social, est l'occasion d'un examen de conscience.
 […] Il ne s'agit pas non plus d'empêcher en tant que telle la spéculation faite d'anticipation et de prise de risque. Sans spéculation, pas d'activité humaine et plus d'esprit d'entreprise. C'est la spéculation abusive et sans en assumer les risques qui est condamnable en l'occurrence. »

Qu’en pensez-vous?

7 réflexions sur « La bourse et l’économie réelle: incompatibles? »

  1. Le vrai problème de fond est l’encadrement des activités financières internationales lequelles, en règle générale sont établies, en tous jusqu’à présent par les EE-UU. Il a suffit que des grands gourus (Bernanke) aidés par des agences de notations (au service de qui ? jejej) admettent comme légale tel ou tel instrument financier que les européens ne prennent mais pas la peine d’examiner, sauf Roubini, TOUS sont tombé sur le panneau … bien sûr qu’entretemps se sont bien remplis leurs poches !!!. Pour finir, chaque pays doit vivre selon son ECONOMIE RÉELLE et les prêts internationnaux sur des projets concrèts d’infrastructure dont les organismes internationnaux (FMI/BM) mêmes prennent part et soient payés selon les bénéfices dégagés par ces oeuvres mêmes et pas octroyer des crédits pour payer les salaires de fonctionnaires et autres engagés dont le seul but est la captation de votes pour les prochaînes élections. Il y aurait par là aussi moins de corruption car dans la plupart de democraties c’est le pouvoir éxécutif qui décide sa destination finale.

  2. En effet, c’est la vision à court-terme qui est dommageable. L’appât du gain rapidement en voulant fausser les données du marché aboutit à un bulle spéculative. D’un autre côté, de par la nature du cycle économique, il est normal qu’après une hausse nous soyons dans un cycle de baisse. Nous ne pouvions continuer à croître sans cesse croyant que ‘’Sky is the limit’’. D’une manière ou d’une autre il fallait que les systèmes pètent. Le prix de l’immobilier ne pouvait croître sans cesse, la dette des pays non plus et ainsi de suite. La crise est en fait un ajustement naturel, spéculation aidant ou pas.

  3. Comment peut-on vendre quelque chose que l’on a pas?
    Comment est-ce possible de vendre un actif financier que l’on ne possède pas?
    Si c’est permis légalement, c’est sûr que les humains font le faire. Mais on provoque en même temps un dérèglement grave de l’économie.
    La solution ne serait-elle pas de modifier cette permission!

  4. @René
    Il est effectivement possible de vendre un actif financier que l’on ne possède pas. Par contre, ceux qui le font doivent ouvrir un compte spécial, qui permet de faire un tel type de transaction. Les investisseurs doivent être conscients des risques et surtout, ils doivent fournir une garantie en argent (marge). Il existe des bourses qui interdisent les ventes à découvert, spécialement lorsque les prix baissent beaucoup. Récemment, certains pays européens ont interdit les ventes à découvert (au pire de la crise de l’endettement).
    Je vous invite à lire l’extrait suivant (Centre de formation Desjardins)
    http://www.disnat.com/fr/knowledge/shortselling/shortselling1.asp
    « Pourquoi effectue-t-on une opération à découvert?
    La vente à découvert poursuit principalement deux objectifs :
    1. Spéculer
    La raison la plus évidente de la vente à découvert est de profiter d’un titre ou d’un marché surévalué. L’exemple probablement le plus célèbre est la fois où George Soros a  » fait sauter la Banque d’Angleterre  » en 1992. Il a risqué 10 milliards $ sur une chute éventuelle de la livre anglaise et il a gagné. La nuit suivante, Soros empochait 1 milliard $ grâce à cette opération. Il a finalement réalisé un bénéfice de presque 2 milliards $.
    2. Se couvrir
    Pour des raisons que nous examinerons plus loin, très peu de gestionnaires de placement sophistiqués utilisent la vente à découvert comme stratégie active de placement (comme Soros). La majorité des investisseurs vendent à découvert pour se couvrir. Autrement dit, ils protègent leurs positions acheteurs en les compensant par des positions vendeurs.
    Restrictions
    De nombreuses restrictions s’appliquent à la quantité, au prix et au type d’actions qu’on peut vendre à découvert.
    Pour pouvoir effectuer des opérations à découvert, vous devez préalablement vous ouvrir un compte « marge à découvert ». Tout comme pour les transactions effectuées dans un compte sur marge, l’investisseur qui vend des titres à découvert doit répondre aux exigences de marge relatives aux positions à découvert. Le taux, aussi appelé « couverture », varie selon l’éligibilité des titres.
    De plus, le TSX, la SEC, la Bourse de New York et la NASD ont des règles interdisant la vente à découvert, sauf si l’opération a lieu au même prix ou à un prix plus élevé que l’opération précédente (ce qu’on appelle une négociation à un cours supérieur). Le but est d’empêcher les investisseurs de vendre à découvert lorsque le marché est à la baisse. En effet, la vente constante à découvert d’un titre qui est en baisse provoquerait la chute continue de ce dernier et nuirait au marché dans son ensemble.  »

  5. @René… si on pense qu’une action va monter… on l’achète et ensuite on la vend plus cher… si on pense qu’elle va descendre… on la vend et ensuite on l’achète moins cher pour la fournir….
    C’est pratique courrante en bourse et pas de problème.
    il y a même un marché des call et put options où on achète le gain sur l’action sans s’approprier l’action elle même ce qui gèlerait trop de capital…
    Et le problème de l’économie n’est pas çà!

  6. @Sophie,
    Je trouve votre explication sur le rôle de la spéculation d’une intelligence qui tranche avec la française et sa dictature de l’instant.

  7. Les marchés financiers constituent un système de création d’argent virtuel, de profit non-basé sur une création de richesses réelles. Grâce au jeu des marchés financiers (qui permet de transformer en bénéfices les oscillations des cours), les investisseurs avisés peuvent être déclarés plus riches, par une simple circulation d’électrons dans des ordinateurs. Cette création d’argent sans création de richesses économiques correspondantes est la définition même de la création artificielle de monnaie. Ce que la loi interdit aux faux-monnayeurs, et ce que l’orthodoxie économique libérale interdit aux états, est donc possible et légal pour un nombre restreint de bénéficiaires.

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