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07/04/2010

Déficit budgétaire: faire payer les riches?

Don_Portefeuille_IS Depuis le discours du budget, nous avons été nombreux à affirmer que la classe moyenne en prend pour son rhume! Vos commentaires à mon analyse du budget n'ont pas tardé. Je retiens essentiellement deux choses : l’État est mal géré et les riches ne paient pas assez. 

Attardons-nous un peu sur cette 2e affirmation : les riches n'assument pas suffisamment le fardeau des déficits cumulés. S’il est vrai que la classe moyenne n’est pas épargnée par le budget Bachand, il est faux de prétendre que les riches peuvent à eux seuls sortir le Québec du gouffre financier (en payant davantage).

Pierre, un lecteur, nous écrit :

 « On parle de taxer les riches, mais avez-vous considéré que 29 % des revenus du gouvernement provient de seulement 3 % de la population, soit les riches? 40 % du beau peuple ne paie pas d'impôts. Êtes-vous conscients que les banques paient 2 milliards en taxes de toutes sortes, s.v.p. assumez-vous, le 25 $ pour la santé c'est du bonbon. Drôle de mentalité, on est prêt à payer 8 $ pour un paquet cigarettes, 75 $ pour un spectacle, 100 $ pour un lunch, 5000 $ pour une augmentation mammaire ou 250 $ chez le vétérinaire pour le toutou, ça, c'est acceptable. Continuez, le mur est en avant. »

On peut ne pas être d'accord avec ce commentaire. Toutefois, on ne peut ignorer cette réalité : la politique fiscale québécoise impose déjà un fardeau très lourd aux riches.

Au lieu de vous assommer davantage avec des chiffres, je vous propose pour illustrer cette affirmation la lecture d’une histoire parue il y a quelques années dans de nombreux médias. Dans cette « leçon de fiscalité»,qui refait surface ces jours-ci dans le web, le 10e homme, le plus riche, représente les Québécois qui gagnent 50 000 $ ou plus.

Supposons que tous les jours, 10 hommes se retrouvent pour boire une bière et que l’addition s'élève à 50 $ (normalement, 5 $ chacun). S’ils payaient la note de la façon que l’on paie les impôts, selon les revenus de chacun, on aurait l’exemple suivant :

Les quatre premiers, les plus pauvres, ne paieraient rien, zéro cent.
Le cinquième paierait 50 cents.
Le sixième paierait 1,50 $.
Le septième paierait 3,50 $.
Le huitième paierait 6 $.
Le neuvième paierait 9 $.
Le dernier, le plus riche, devrait payer 29,50 $ à lui tout seul.
On arrive donc bien à 50 $.

Ils décidèrent de procéder comme décrit. Les dix hommes se retrouvèrent chaque jour pour boire leur bière et semblèrent assez contents de leur arrangement. Jusqu’au jour où le tenancier du bar les plaça devant un dilemme : « Comme vous êtes de bons clients, dit-il, j’ai décidé de vous faire une remise de 10 $. Vous ne paierez donc vos dix bières que 40 $. »

Le groupe décida de continuer à payer la nouvelle somme de la même façon. Les quatre premiers continuèrent à boire gratuitement. Mais comment les six autres, les clients payants, allaient-ils diviser les 10 $ de remise de façon équitable? Ils réalisèrent que 10 $ divisés par 6 faisaient 1,66 $.

Mais s’ils soustrayaient cette somme de leur partage, alors le cinquième et le sixième homme allaient être payés pour boire leur bière (1,16 $ et 16 cents). Le tenancier suggéra qu’il serait plus judicieux de réduire l’addition de chacun selon le même barème et fit donc les calculs. Alors?

Le cinquième homme, comme les quatre premiers, ne paya plus rien. Un pauvre de plus.
Le sixième paya 1$ au lieu de 1,50$ (33% de réduction).
Le septième paya 2,50$ au lieu de 3,50$ (28% de réduction).
Le huitième paya 4,50$ au lieu de 6$ (25% de réduction).
Le neuvième paya 7,50$ au lieu de 9$ (17% de réduction).
Le dixième paya 24,50$ au lieu de 29,50$ (16% de réduction).
On arrive bien à un total de 40$.

Chacun des six clients payants paya moins qu’avant, et les quatre premiers continuèrent à boire gratuitement. Mais une fois hors du bar, chacun compara son économie.

« J’ai seulement eu 50 cents sur les 10 $ de remise», dit le sixième et il ajouta, montrant du doigt le dixième : « Lui, il a eu 5 $!!! »
« C’est vrai », s’exclama le septième. « Pourquoi il aurait eu 5$ de rabais alors que moi je n’ai eu que 1 $? Le plus riche a eu la plus grosse réduction!»
« Attendez une minute, cria le premier homme. Nous quatre n’avons rien eu du tout. Le système exploite les pauvres ».
Les neuf hommes cernèrent le dixième et l’insultèrent.

Le jour suivant, le dixième homme ne vint pas. Les neuf autres s’assirent et burent leur bière sans lui. Mais quand vint le moment de payer, ils découvrirent quelque chose d’important : ils n’avaient pas assez d’argent pour payer ne serait-ce que la moitié de l’addition.

Et cela est le reflet de notre système d’imposition. Les gens qui paient le plus d’impôts tirent le plus de bénéfice d’une réduction de taxe et, c’est vrai, ils resteront plus riches. Mais si vous les taxez encore plus fort et les condamnez à cause de leur richesse, ils risquent de ne plus se montrer.

Pour ceux qui ont compris, aucune explication n’est nécessaire. Pour ceux qui n’ont pas compris, aucune explication n’est possible.
(Source: Claude Picher, La Presse)

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Sophie StivalSophie Stival

Négocier des milliards de dollars pour une grande banque canadienne sort de l'ordinaire. C'est ce que Sophie Stival a fait durant plus de dix ans. Depuis l'automne 2008, Sophie est journaliste indépendante et écrit des articles à saveur financière. Elle a notamment collaboré avec le journal les affaires, le magazine Châtelaine et la revue Conseiller. On peut aussi voir Sophie à la télé où elle tient occasionnellement une chronique sur l’actualité économique et financière.