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17/02/2010

Earl Jones: le profil du condamné

EarlJones_PC_30-08-2009_Inf La sentence est tombée. Earl Jones est condamné à 11 ans d’emprisonnement. La juge Hélène Morin, de la Cour du Québec a respecté les suggestions de la Couronne et de la Défense. Pourquoi alors le sentiment d’insatisfaction du public et des victimes est-il si élevé?

Bien sûr, parce que la possibilité de sortir au sixième de la peine (22 mois) rend le verdict beaucoup plus clément. Une sentence « Mickey Mouse » a déclaré à La Presse son frère Bevan Jones. Mais se peut-il que l’absence apparente de remords (même au prononcé du jugement) y soit aussi pour quelque chose? Après tout, le fraudeur a commencé à piger dans le compte de ses clients cinq ans après avoir fondé son entreprise, soit il y a plus de 20 ans!

La personnalité ou le profil psychologique des criminels à cravate explique peut-être cette indifférence exprimée par un bon nombre envers les délits commis.

Une recherche publiée en mai 2009 par l’École des sciences de la gestion (ESG) de l’UQÀM a retenu mon attention. On y tire des leçons de fraudes commises par des dirigeants d’entreprises en se servant notamment du célèbre cas de Cinar. Selon ses auteurs, le profil des dirigeants jouerait aussi un rôle dans la mise en œuvre de certaines affaires de corruption.  

Le professeur Denis Cormier (UQÀM) et son collègue Michel Magnan (Concordia) affirment que le discours rationnel, la personnalité et l’attitude du dirigeant sont des attributs individuels particulièrement cruciaux dans l’établissement du profil type d’une personne capable de commettre des fraudes ou des malversations.

Un discours rationnel
« Les personnes impliquées dans une fraude sont en général capables de justifier leur action en minimisant sa portée, ses conséquences ou sa gravité », peut-on lire dans cette étude. Dans le cas de Micheline Charest de Cinar, en 1998 sa firme est accusée de fraude fiscale. La cause sera réglée hors cour. Madame Charest défendra publiquement cette tache à son dossier en argumentant que la pratique en question était monnaie courante dans son industrie. La rentabilité de son entreprise était donc en jeu…

Un discours qui cache « avidité, cupidité et malhonnêteté » et où la fin justifie souvent les moyens, si peu honnêtes soient-ils.

Une personnalité d’escroc
« … il semble que la vision qu’un individu a de la fraude, ses valeurs éthiques ainsi que l’influence des collègues de travail peuvent déteindre sur son comportement (au fraudeur) » révèlent d’autres recherches mises en lumière par les deux professeurs. De même, le message qu’envoie le patron à ses employés peut changer la donne et pousser les gens au sein de l’organisation à faire preuve d’éthique professionnelle plus douteuse. L’influence du boss peut alors avoir des « effets corrosifs sur toute l’organisation ».

Une attitude narcissique
Le côté irrationnel des fraudeurs est aussi une dimension importante de la malversation. En flouant aveuglément les gens, ces personnes démontrent souvent une attitude où la confiance, l’arrogance et le narcissisme occupent beaucoup de place.    
 
« On peut appréhender qu’un dirigeant ambitieux, arrogant et plein de confiance en soi, s’engage dans une fraude en ne pensant jamais qu’il sera pris, les personnes responsables de la prévention ou de la détection étant perçues à ses yeux comme inférieures », observe-t-on dans cette recherche.  

Dans le cas d’Earl Jones, un quart de siècle sans se faire épingler, c’était en effet un bon renforcement! 

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Sophie StivalSophie Stival

Négocier des milliards de dollars pour une grande banque canadienne sort de l'ordinaire. C'est ce que Sophie Stival a fait durant plus de dix ans. Depuis l'automne 2008, Sophie est journaliste indépendante et écrit des articles à saveur financière. Elle a notamment collaboré avec le journal les affaires, le magazine Châtelaine et la revue Conseiller. On peut aussi voir Sophie à la télé où elle tient occasionnellement une chronique sur l’actualité économique et financière.