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15/11/2009

Redevances minières: des miettes pour Malartic?

Avez-vous entendu parler du méga projet minier à ciel ouvert en Abitibi? Le village de Malartic a carrément déménagé un quartier (200 maisons) pour laisser le champ (aurifère) libre à Osisko. Richard Desjardins, le chanteur activiste, dénonçait le 4 novembre dernier aux Francs-tireurs (Télé-Québec) l’ensemble du projet et l’emprise de la société minière sur la population. Pourtant, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a donné le feu vert en juillet, de même que le Conseil des ministres du Québec à la fin d’août.

Depuis quatre ans l’entreprise a foré plus de 2500 sites et le gisement offrirait un potentiel en minerai plus important que prévu. L’exploration et le transfert de la population ont donc commencé bien avant l’accord du BAPE. On dit qu’Osisko a pris de grands risques puisque son financement n’était pas complété à ce moment-là. Mais la hausse du prix de l’or qui vaut maintenant plus de 1000 $ l’once à de quoi rassurer ses actionnaires.

Le projet est évalué à un milliard de dollars. Le dossier est complexe. Deux questions me semblent toutefois importantes. La population de Malartic est-elle traitée équitablement? Et la société québécoise, en vidant ses sols de ses richesses, reçoit-elle sa juste part ?

Le principal argument pour ce projet c’est bien sûr la création d’emplois. Quelque 800 personnes seront embauchées durant la construction de la fosse (135 hectares de superficie!) et près de 500 pendant la période d’exploitation. Osisko a également payé les gens pour le déménagement de ces 200 maisons et cinq établissements (négocié cas par cas).

La plupart des villageois semblent satisfaits. Beaucoup de petits entrepreneurs ont eu des contrats pour reconstruire le tout. Ça fait rouler l’économie de la région, bien sûr. Mais dans 10-15 ans, il n’y aura plus d’or et la mine fermera. Est-ce qu’Osisko se préoccupe des gens qui perdront leur emploi et du trou béant qu’il faudra boucher? L’entreprise dit que oui que tout est prévu. Beaucoup d’environnementalistes en doutent, Richard Desjardins compris. En fait, il y a des chances que la mine soit vendue à un autre exploitant avant la fin du projet. 

Au printemps, le vérificateur général du Québec a dénoncé dans son rapport annuel (chapitre 2) le laisser-aller du gouvernement quant à la perception de redevances minières. Ces entreprises sont tenues de payer des droits de 12 % de leur profit « minier ». Selon des informations compilées par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (données de 2002-2008), 14 entreprises « n’ont versé aucun droit minier alors qu’elles cumulaient des valeurs brutes de production annuelle relative aux minerais métalliques de 4,2 milliards de dollars ».

« Quant aux autres entreprises, elles ont versé pour la même période 259 millions de dollars, soit 1,5 p. cent de la valeur brute de production annuelle déclarée par l’ensemble des entreprises. Les compagnies bénéficient de plusieurs mesures et allocations qui leur permettent de réduire leur profit, voire même de le ramener à zéro. Par exemple, pour les exercices 2006-2007 et 2007-2008, la totalité des droits miniers relatifs aux minerais métalliques a été payée respectivement par 3 des 16 et 3 des 14 entreprises productrices, et ce, malgré une conjoncture favorable à cette industrie. »

Ces extraits du rapport du vérificateur général en disent long sur le traitement des compagnies minières et sur le contexte favorable auxquelles elles font face présentement au Québec. Les nombreux enjeux (environnementaux notamment) entourant l’exploitation de gisements exigent que nos gouvernements soient plus rigoureux et responsables. Ce n’est pas seulement un gaspillage de nos ressources, mais également d’argent. 

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Blogueuse

Sophie StivalSophie Stival

Négocier des milliards de dollars pour une grande banque canadienne sort de l'ordinaire. C'est ce que Sophie Stival a fait durant plus de dix ans. Depuis l'automne 2008, elle est journaliste indépendante et écrit des articles à saveur financière.